À l’occasion des 150 ans de l’Impressionnisme, Félicie Faizand de Maupeou, chercheuse en histoire de l’art et cheffe de projet du programme de recherche Impressionnisme à l’Université Paris Nanterre retrace l’histoire de cette première exposition impressionniste.

15 avril 1874, première exposition d’un groupe de peintres novateurs

2024 marque les 150 ans de l’Impressionnisme. Mais que fête-t-on exactement ? Une naissance ? Un baptême ? Que s’est-il passé en 1874 qui explique la postérité de ce mouvement, aujourd’hui le plus connu et le plus apprécié du public à travers le monde* ?

En avril 1874, un groupe de jeunes peintres ouvre une exposition dans les anciens ateliers du photographe Nadar sur le boulevard des Capucines à Paris. C’est à cette occasion que le critique Louis Leroy va ironiquement qualifier cette nouvelle peinture d’« impressionniste». Ce nom sera repris par les peintres eux-mêmes au gré des sept autres expositions qui rassemblent, entre 1876 et 1886, tout ou partie des neuf principaux artistes impressionnistes : Gustave Caillebotte, Mary Cassatt, Paul Cézanne, Edgar Degas, Claude Monet, Berthe Morisot, Camille Pissarro, Pierre-Auguste Renoir et Alfred Sisley.

Leroy n’imaginait certainement pas que son bon mot s’inscrirait dans l’histoire. Mais comment expliquer la longévité et la renommée internationale que connaît le mouvement artistique lui-même ?

Une révolution esthétique

Le premier élément de réponse est sans aucun doute à chercher du côté de l’indéniable talent de ces artistes. Alors que la peinture était jusqu’alors essentiellement exécutée en atelier et que le paysage était considéré comme un genre pictural inférieur, les Impressionnistes cherchent à représenter la nature telle que leurs yeux la perçoivent réellement. Ils ne veulent plus suivre des règles académiques et des canons de beauté codifiés.

Ils veulent représenter le monde qui les entoure, ce bouillonnement de la modernité qui transforme les villes, les campagnes et les bords de mer. Ils veulent représenter leurs contemporains dans leur vie quotidienne, au travail, se promenant sur les boulevards, dansant dans les guinguettes en bords de Seine en fin de semaine et profitant des plaisirs des stations balnéaires l’été.

Bien que chacun de ces artistes développe une manière personnelle de peindre, leurs tableaux témoignent d’une recherche esthétique commune : des couleurs claires, des cadrages et points de vue audacieux, une touche vibrante qui transcrit avec justesse l’instantanéité des effets de lumière et un rendu proche de l’esquisse.

Des artistes en mouvement

Cette volonté de capter l’air du temps incite les peintres à sortir de l’atelier, à peindre en extérieur. Toujours en quête de nouvelles sources d’inspiration, de nouveaux motifs, d’une nouvelle lumière, les artistes impressionnistes voyagent beaucoup. Ils explorent la capitale et ses alentours et se retrouvent dans différents foyers artistiques le long de la Seine et jusqu’à la côte normande. Ils se déplacent ainsi régulièrement en Île-de-France et en Normandie, et poussent parfois leurs explorations dans d’autres régions, jusque dans le Sud de la France.

Qu’ils arpentent inlassablement les alentours de chez eux comme Alfred Sisley à Moret-sur-Loing, Camille Pissarro à Pontoise, Gustave Caillebotte à Yerres ou qu’ils continuent de voyager comme Monet qui se rend tous les ans, ou presque, sur la côte normande, ils cherchent à retranscrire la vérité des paysages et de la lumière.

L’Impressionnisme à travers le monde

Si l’Impressionnisme est né en France et qu’il se nourrit de ses paysages et de sa culture de la fin du 19ème siècle, il s’ancre aussi dans un contexte de mondialisation et de dialogue entre les cultures. L’ouverture du Japon avec l’ère Meiji permet une plus grande circulation des œuvres. Les artistes impressionnistes s’inspireront de l’esthétique des estampes japonaises, en particulier Monet qui les collectionne dans sa maison de Giverny.

Au début du 20ème siècle, plusieurs collectionneurs, comme Tadamasa Hayashi, Magosaburō Ōhara ou Matsukata Kōjirō, rassemblent des œuvres impressionnistes qui permettent au public japonais d’avoir un accès précoce à l’art impressionniste.

Un dialogue culturel qui se prolonge encore aujourd’hui, 150 ans après la naissance du mouvement artistique et de cette première exposition impressionniste.

 

* Étude menée par le cabinet Audirep auprès de 1830 personnes et 6 pays, du 31 janvier au 21 février 2023

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